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S’éveiller

Créé par

Publié le

1 juin 2020

Modifié le

1 juin 2020

Dessin / IllustrationNiveau difficileCréation individuelle

Pour voir le GIF dans sa résolution complète, vous pouvez cliquer sur ce lien. À noter que, compte tenu de la taille du fichier, un léger délai sera nécessaire pour assurer la fluidité originale de l’animation.

 

S’immerger dans nos archives, c’est veiller sur les jalons de notre identité commune. S’émerveiller devant les tribulations de nos ancêtres. S’éveiller devant ces cycles de transmission, ces cercles de communication intergénérationnelle.

Il suffit qu’un photographe capture un instant d’une vie parmi tant d’autres. Des années plus tard, nous posons le regard sur ce cliché. Nous voyons alors la vie de personnes d’antan défiler devant nous. Nous redonnons vie aux défunts. Nous redonnons parole à ceux condamnés au silence.

Tandis que nous scrutons ces portraits d’hier, nous voyons notre propre reflet se dessiner. Nous voyageons dans cette introspection collective, en quête de l’identité qui nous rassemble tous, peu importe l’espace ou le temps. C’est ainsi que nous en ressortons grandis. Nous prenons notre envol. Nous créons.

Nous sommes nés d’archives. Nous redeviendrons archives.

Nous créons les archives de demain.

Alors, le cycle reprendra du début.

Tel est le cycle de la mémoire. Cette éternelle boucle qui nous mène loin. Loin dans nos souvenirs passés. Loin vers notre identité future.

 

. . . . . . . . . . 

 

Je partagerai, dans les lignes qui suivent, ma perspective par rapport à mon projet et aux archives en général. Il ne s’agit que de mon interprétation personnelle. Soyez libres de voir l’œuvre sous un autre angle et n’hésitez pas à me faire part de votre point de vue!

 

Un jeu de cycles

 

Le concept du présent GIF s’apparente à l’image de notre Histoire. Tous deux s’inscrivent dans des cycles de continuité et de changement. La continuité est ici représentée par une transmission de mouvements – des rotations, des mouvements circulaires comme ceux des aiguilles d’une horloge. Les changements, quant à eux, s’illustrent par les alternances entre les sujets. L’Histoire suit bien des schémas similaires, des boucles entre exploits et récessions, et ce, dans des contextes variables.

Le GIF et l’Histoire trouvent un équilibre entre simplicité et complexité : simples en apparence, mais riches en détails. Les relire ne fait qu’enrichir la vision que l’on a sur leurs concepts. On peut découvrir des éléments surprenants qui nous auraient échappé à première vue. C’est ainsi que plusieurs événements se chevauchent et prennent progressivement leur véritable sens au fur et à mesure des lectures.

Toute cette histoire nous mènera loin, mais c’est à vous de déterminer la distance que prendra votre voyage. Tout cela n’est qu’une question de cycles. Le GIF vit selon la durée de l’attention qu’on lui porte, le nombre de cycles durant lequel on le contemple. C’est à la manière des archives, qui ne prennent vie que lorsqu’on investit notre regard en elles à partir d’une autre époque. Ainsi, c’est le public et les générations futures qui déterminent à quel point le cycle de transmission se poursuivra, pour le présent GIF et nos archives respectivement.

 

Entre vision et introspection

 

Le GIF présente le cycle d’un œil qui s’ouvre et se ferme. Une fois l’œil fermé, on assiste tantôt à une main en décomposition, tantôt à une main en création. L’œil clos réfère au côté introspectif des archives. Cette introspection mène à une métamorphose. La mort d’une identité passée, mais la naissance d’une nouvelle vision. L’œil ouvert présente un échange entre deux mains ou encore le contenu de nos archives. L’œil ouvert représente, de cette manière, l’ouverture vers le monde que nous expérimentons par le biais des archives. C’est une transmission de mouvement : suivre les traces de ses ancêtres.

Cette alternance entre œil ouvert et œil clos n’est pas sans rappeler les concepts de dualité et de cycle. Tel que mentionné plus tôt, l’ouverture vers le monde – communication en elle-même – se complémente à la quête identitaire. Parole et silence; transmission intergénérationnelle et introspection collective; création et contemplation; vie et mort; réalité et songe… Toutes ces dualités aboutissent à la relation unissant le passé, le présent et le futur.

Nos yeux, tout comme nos mains, sont des archives de notre identité. À la fois familiers et difficiles à retranscrire fidèlement, ils sont autant vecteurs d’émotion que témoignages de nos identités uniques, de par l’iris ou les empreintes digitales pour ne citer qu’eux. Si les yeux observent, les mains créent. Le choix de la représentation des yeux et des mains n’est pas anodin : il s’agit d’une référence à l’identité collective qui se crée à partir de nos archives. L’histoire nous mène donc loin par une introspection sensible en quête d’identité et une vision élargie à l’épreuve du temps.

 

Du passé au présent. Du présent au futur

 

Le relais entre les générations est un des pivots phares qui met de l’avant l’importance des archives : c’est un pont entre des époques distantes. Cette course à relais est notamment représentée par les moulins et les vélos, mais aussi par toutes les séquences de métamorphoses entre humains. Les archives se transmettent, en effet, d’humain à humain, à la manière du « bouche à oreille ». Ce relais est d’autant plus souligné par le mouvement des mains : la seconde ne fait que suivre les traces de son ancêtre, avant de prendre son envol, d’écrire sa propre voie.

Le relais entre archives et humains entretient un dialogue à la fois intérieur et intergénérationnel. Les archives immortalisent des moments des cycles de notre Histoire. Des cycles entre vie et mort, parole et silence. Les archives consistent en une communion entre les générations. Comme on rompt le pain, on rompt le silence, et s’ensuit un partage de la parole. On entame ainsi un long voyage intérieur à travers les archives.

Cette histoire nous mène alors loin : loin dans le passé, époque de nos archives, mais aussi vers l’avenir. Car nous sommes déjà en train de créer les archives de demain : nous préparons présentement le terrain des prochaines communions intergénérationnelles. Les archives sont des messagères à l’épreuve du temps : elles nous rappellent des souvenirs passés, capturent l’instant présent et envoient un message aux générations futures. Elles écrivent des idées qui nous mènent loin dans notre quête d’introspection collective, une boucle cyclique en constante évolution.

 

Processus de création

 

La recherche et la planification

 

J’ai d’abord réfléchi aux possibilités d’optimiser et d’exploiter le format GIF au maximum.

Le GIF étant une image animée en boucle, il doit, selon moi, pouvoir être regardé à plusieurs reprises tout en offrant une certaine fraîcheur à chaque nouvelle lecture. C’est ainsi que j’ai orienté mon projet selon l’objectif suivant : créer un GIF attrayant au premier regard, mais possédant des détails que seuls plusieurs visionnements sauront dévoiler dans toute leur profondeur. La consommation rapide d’informations sur Internet nous éloigne du bonheur de la contemplation, du simple fait de s’arrêter et de savourer la vie. C’est pourquoi je pense qu’il est important d’utiliser le GIF dans un contexte plus introspectif, dans une optique d’un temps d’arrêt et de réflexion.

Je me suis aussi attardé à la grande variété d’archives disponibles. J’ai préféré choisir un nombre plus restreint de photographies d’archives et me focaliser plutôt sur les liens qui les unissent. Il est intéressant de montrer un large éventail de bijoux de notre passé, mais leur éclat perd de sa valeur lorsqu’ils sont épars, sans connexion entre eux. La création d’un GIF était donc, pour moi, l’occasion d’établir mes propres connexions entre des photos à priori très différentes les unes des autres.

C’est ainsi que j’ai choisi un photographe qui prendrait plusieurs photos, représentées par des cadres. De ces cadres émergent des cyclistes, animées par la vie qu’on leur octroie à travers ces clichés. Chacune des cyclistes est différente, comme on peut le constater dans la photo originale, mais c’est leur mouvement commun qui les unit. Elles en viennent à se métamorphoser en un jeune garçon, une nouvelle génération prête à prendre le relais et incarner la main créatrice de demain. La balançoire devient alors un moulin emporté par les vents de ces métamorphoses. Elle évoque la transmission de mouvement omniprésente. L’idée de la transmission intergénérationnelle intrinsèque aux archives était donc un des pivots phares du projet dès cette étape.

 

La création

 

Le logiciel Krita a été utilisé pour la conception du GIF. Vous pouvez voir le processus de création étape par étape ici.

(Pour voir les images suivantes dans leurs dimensions originales, vous pouvez faire un clic droit et sélectionner «Ouvrir l’image dans un nouvel onglet».)

J’ai d’abord fait une ébauche de l’animation complète. J’ai commencé par établir la durée du cycle de l’œil qui s’ouvre et se ferme, puis j’ai construit le reste des éléments à partir de cette unité de temps. L’idée était surtout d’établir le «timing» de tous les éléments avant de réaliser le produit final.

 

item image #1

 

J’ai ensuite encré les contours des mains et de l’œil afin d’obtenir un résultat plus propre. J’en ai aussi profité pour appliquer une couleur de base pour les mains afin de vérifier l’aire qu’elles occupaient dans l’espace du GIF.

 

item image #2

 

Avant d’appliquer les couleurs de base, j’ai élaboré une palette de couleurs en guise de ligne directrice pour le rendu. Comme le format GIF limite les nuances de couleurs possibles, j’ai procédé à des choix réfléchis quant aux teintes que j’allais choisir. L’un des points les plus importants pour moi était le contraste entre la séquence des mains et celle des archives : en utilisant des couleurs contrastantes, cela soulignerait la dualité entre l’introspection et la création suscitées par les archives. J’ai opté pour du bleu afin de souligner notre identité québécoise. J’ai ensuite choisi des teintes orangées pour contraster avec le bleu et complémenter le rouge. Ces teintes donnent d’autant plus un effet sépia venant renforcer l’aspect « archive » présent dans le GIF.

J’ai donc appliqué mes couleurs de base. J’ai veillé à ce que leur saturation soit équilibrée afin d’éviter un festival de couleurs qui aurait fini par donner un résultat en pâté confus. Comme vous pouvez le constater, j’ai changé la couleur de l’iris dans le rendu final. J’avais d’abord choisi le rouge afin d’attirer l’attention, mais il s’est avéré que c’était une teinte un peu trop intense à mon goût. J’ai finalement opté pour du bleu, qui se mariait mieux avec les teintes des mains.

 

item image #3

 

Pour la première couche d’ombrage, j’ai choisi d’utiliser des brosses plus «dures» afin de bien délimiter les zones d’ombres et de lumières. J’ai aussi introduit un léger cycle jour-nuit pour les phases de l’œil ouvert (jour) et fermé (nuit) en variant les tonalités de l’arrière-plan. Sinon, j’ai ajouté notre devise «Je me souviens», car je jugeais qu’elle avait un lien direct avec les archives et le dialogue intergénérationnel qu’elles entretiennent. J’ai aussi ajouté une animation d’une fleur de lys. Si vous portez bien attention, vous remarquerez qu’elle provient de la main d’en-haut. D’une certaine manière, c’est comme si une main transmettait son identité (construite à partir des archives) à une main plus jeune : un autre lien avec la communication intergénérationnelle!

 

item image #4

 

Par la suite, j’ai appliqué une deuxième couche d’ombrage, histoire d’apporter plus de réalisme et de profondeur visuelle au GIF.

 

item image #5

 

J’ai procédé à des corrections mineures, notamment concernant les textures, les formes des particules d’eau, la couleur des contours encrés et les transitions entre les sujets d’archives.

Il ne reste que quelques ajustements de couleur et de timing pour bien retoucher le tout et voilà!

 

item image #7

 

Conclusion – En quête d’immortalité

 

Je conclurai sur une réflexion qui m’est venue au cours de mon processus de création.

On pourrait aussi déceler un détail romantique chez les archives. Une immortalité éphémère. Les archives semblent immortaliser les instants passés, mais ne sont pas forcément à l’abri du temps. Qu’arriverait-il si nos bibliothèques disparaissaient au profit de recueils numériques, se perdant dans la mer des milliards d’images générées sur nos moteurs de recherche? Ce questionnement ne fait que nous rappeler l’importance de protéger nos archives.

Les archives nous donnent la chance de redonner parole aux défunts, ne serait-ce que le temps de quelques secondes. En réalisant des images animées, nous redonnons vie à ces images inertes. Une sorte d’immortalité. Il s’agit d’un merveilleux cadeau mutuel, transcendant espace et temps.

Le concept du cycle, omniprésent dans le GIF et renforcé par les multiples transmissions de mouvement, est un pilier de cette forme d’immortalité. Cette immortalité ne peut être accédée que si quelqu’un accepte de poursuivre le cycle, de prendre le relais, de s’immerger dans nos archives.

Réaliser ce GIF unissant dessin et archives m’a permis de réaliser un lien soudé entre l’art, les archives et le monde de demain.

L’art en soi s’inscrit dans ce cycle. L’art constitue, d’une certaine manière, l’archive des pensées et de la passion ayant animé un être à un moment précis. Son œuvre est comme une bouteille jetée à la mer, attendant d’être découverte par le public d’aujourd’hui et de demain.

Les archives sont les jalons de l’évolution de notre identité, en constante métamorphose. Cette histoire nous mène loin en nous rapprochant d’une forme d’immortalité que seules les archives peuvent retransmettre.

 

Références des archives utilisées

 

Photographe :

Photographe : Non identifié

Date: 1919

Fonds: Mitchell Campbell

Cote: 09N_P41,S2,P12

Lieu de conservation: BAnQ Sept-Îles

Adresse URL

 

Cadres :

Photographe : Joseph-Émile Chabot

Date : 1920-1930

Fonds : Joseph-Émile Chabot

Cote : 09N_P61,S1,P3

Lieu de conservation: BAnQ Sept-Îles

Adresse URL

 

Cyclistes :

Photographe : Conrad Poirier

Date : 14 mai 1942

Fonds : Conrad Poirier

Cote : 06M_P48,S1,P7744

Lieu de conservation: BAnQ Vieux-Montréal

Adresse URL

 

Coureur :

Photographe : Conrad Poirier

Date : 27 juillet 1943

Fonds : Conrad Poirier

Cote : 06M_P48,S1,P9665

Lieu de conservation: BAnQ Vieux-Montréal

Adresse URL

 

Balançoire :

Photographe : Non identifié

Date : 1943

Fonds : Canadien National

Cote : 08Y_P213,P295

Lieu de conservation: BAnQ Rouyn-Noranda

Adresse URL

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