Guillaume Bilodeau
Conseiller pédagogique, passeur entre l’école et la création numérique
Se former pour mieux former les autres
Lorsque Guillaume Bilodeau arrive pour la première fois au Square, il vient apprendre. Plus précisément, il vient chercher des conseils pour l’utilisation d’une découpe laser. Il découvre alors les utilités du logiciel de dessin vectoriel : Inkscape. Il veut réinvestir ce qu’il apprendra pour soutenir les enseignants et les élèves qu’il accompagne au quotidien.
À ce moment‑là, Guillaume est conseiller pédagogique en intégration du numérique au Centre de services scolaire de Montréal. Son milieu s’apprête à faire l’acquisition d’une découpe laser, et il le sait : acheter une machine n’est jamais suffisant. Sans accompagnement, sans compréhension des usages et sans vision pédagogique claire, la technologie risque de rester inutilisée, ou pire, de devenir une source de frustration pour les enseignants.
Le Square arrive alors comme un point d’appui.
D’enseignant à conseiller pédagogique : apprendre à changer de posture
Enseignant de formation, Guillaume a d’abord enseigné au primaire, puis au secondaire en mathématiques. Il a connu la classe, la planification et la gestion du quotidien scolaire. Après une quinzaine d’années d’enseignement et un retour aux études en administration scolaire, il traverse ce qu’il nomme une « crise de mi‑carrière ». Plutôt que d’y voir un point de rupture, il la transforme en moteur.
C’est à l’école Fernand‑Seguin qu’il découvre le rôle d’enseignant‑ressource en intégration des technologies. Il n’est plus responsable d’un groupe, mais soutient les enseignants dans la mise en place de projets numériques : balados, robotique, programmation, stop‑motion. Rapidement, il comprend que le numérique n’a de sens que lorsqu’il s’ancre dans des projets pédagogiques existants.
Ce n’est pas l’outil qui l’intéresse, mais ce qu’il permet de faire émerger au niveau des apprentissages.
Le déclic numérique : quand la technologie devient un levier, pas un sujet
Au fil des années, la posture de Guillaume évolue. Il commence avec des projets « clé en main » souvent spectaculaires, mais difficiles à reprendre pour les enseignants. Ensuite il passe à une approche plus patiente, fondée sur la co‑construction avec les enseignants. Son constat est clair : sans autonomie développée, il n’y a pas de pérennité.
Le numérique, pour lui, n’est jamais une matière en soi. Il s’intègre aux mathématiques, au français, aux sciences. Le stop‑motion devient un outil pour travailler le récit. La programmation sert à modéliser un problème mathématique. La technologie vient soutenir l’apprentissage.
De l’usager à l’éclaireur : faire circuler les savoirs
C’est dans cette logique que Guillaume arrive au Square. Il veut explorer d’autres modèles de formation descendante où l’on accumule de l’information sans avoir l’occasion de la mettre en pratique.
Très vite, l’effet dépasse le cadre du Fab Lab. Guillaume redonne ses formations dans les écoles du CSSDM, accompagne d’autres enseignants, adapte les projets aux réalités de chaque milieu. Ce qui a été appris au Square se diffuse dans les classes.
Le Marché de Noël : quand la fabrication devient reconnaissance
Un projet illustre particulièrement cette dynamique : le Marché de Noël de l’école Fernand‑Seguin. L’initiative existait déjà, mais les objets étaient auparavant fabriqués entièrement à la main. Cette fois, la fabrication numérique s’invite dans le processus : découpe laser, découpe vinyle et design numérique.
Le résultat dépasse les attentes : plus de 500 $ de ventes, des objets qui se détaillent entre 5 $ et 10 $. Pour Guillaume, l’essentiel est ailleurs. Les élèves voient leur travail reconnu à l’extérieur de la classe. Leurs créations sont achetées, offertes, utilisées. Elles existent dans le « vrai monde ».
Doutes, limites et ajustements
Guillaume ne cache pas les défis. La logistique est lourde. Les enseignants sont déjà surchargés. Les projets peuvent rapidement devenir trop complexes. Certaines idées doivent être déconstruites : droits d’image, stéréotypes culturels, temps de production irréaliste.
Le Fab Lab comme écosystème pédagogique
Avec le temps, Guillaume développe une vision claire : le Fab Lab n’est pas une accumulation de machines, mais un écosystème pédagogique. Un lieu où l’idéation est centrale, où l’erreur est acceptée, où le processus compte autant, sinon plus, que le résultat final.
Au Square, on apprend à penser par la fabrication. À comprendre ce que permet un outil, plutôt qu’à simplement le faire fonctionner.
Vers des communautés de pratique durables
Pour l’avenir, Guillaume imagine des alliances à long terme : des communautés de pratique, du maillage entre milieux scolaires, Fab Labs et institutions culturelles. Il voit BAnQ comme un acteur structurant potentiel, capable de soutenir ces dynamiques sur la durée, au‑delà des projets ponctuels.
Un usager qui transforme
Guillaume Bilodeau ne cherche ni à être l’expert incontournable, ni à multiplier les projets spectaculaires. Ce qui l’anime, c’est de rendre les autres capables. De créer des conditions durables pour que les enseignants et les élèves s’approprient les outils, développent leur créativité et trouvent du sens dans ce qu’ils fabriquent.
Pour lui, le Square n’est pas une destination.
C’est un point d’appui.