Yassine Touati

Designer maroquinier, Yassine Touati explore les frontières entre artisanat traditionnel et innovation technologique. Son travail, nourri par un riche héritage culturel marocain et une formation en design à New York, prend racine dans le cuir, la couleur et le motif.

Un parcours atypique

Né à Rabat, Yassine Touati a d’abord suivi des études en médecine avant de bifurquer vers le design de mode. « J’ai toujours eu un côté artistique, je dessinais, je faisais des croquis. Mais c’était un loisir, pas une carrière. » Tout change après une visite à New York : séduit par l’énergie de la ville, il décide de tout quitter pour étudier au Fashion Institute of Technology (FIT). Il y suit des formations en design d’accessoires, entrepreneuriat et gestion.

C’est à New York qu’il découvre le potentiel créatif des technologies de fabrication. « Le Fab Lab de l’école m’a permis d’expérimenter avec la découpe au laser. J’ai commencé par graver des motifs sur du cuir, puis j’ai réalisé que je pouvais tout concevoir avec précision. » Le cuir devient sa matière de prédilection, qu’il travaille avec soin, du dessin technique à l’assemblage manuel. Il privilégie les cuirs de qualité à tannage végétal, qu’il choisit pour leur durabilité et leur capacité à se patiner avec le temps.

Une esthétique enracinée

Son esthétique repose sur trois éléments : la matière, la couleur et le motif. Il se dit fortement inspiré par l’architecture andalouse et l’art amazigh. Yassine crée des objets contemporains porteurs de mémoire. « C’est en quittant le Maroc que j’ai ressenti le besoin de revendiquer mon identité culturelle. J’ai commencé à faire des recherches sur le patrimoine, l’artisanat, les motifs traditionnels. »

Montréal et le Square : un nouveau souffle

Installé à Montréal depuis 2021, Yassine découvre le Square en cherchant un accès à une machine au laser. « Le Fab Lab m’a permis de renouer avec ma créativité. C’est un espace commun où les gens viennent avec des idées, s’entraident, échangent. » Il y développe plusieurs projets, dont une pochette pour passeports, des porte-cartes et des sacs en cuir. Chaque pièce est pensée dans les moindres détails.

La technologie au service de l’artisanat

Son processus de création est influencé par les technologies qu’il utilise, mais il insiste sur le fait que la technologie ne remplace pas l’artisanat, elle le complète. Elle permet d’expérimenter, de prototyper rapidement, de repousser les limites, selon lui. Il voit dans le Fab Lab un laboratoire d’imagination, un lieu propice à la transmission et à la réinvention des savoirs traditionnels.

Une pratique nourrie par la curiosité

Yassine est aussi passionné par la gastronomie, l’histoire et la linguistique. Ces intérêts nourrissent sa pratique artistique et son regard sur le monde. Créer, c’est, selon lui, donner du sens à un objet. C’est raconter une histoire.

Finaliste du Prix de design contemporain de l’Institut du monde arabe, il exposera prochainement à Paris une série de pièces conçues au Square. Pour lui, le design est un terrain d’expression, de recherche et de dialogue entre les cultures.

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Elizabeth Flautero Alarcon